Témoignage de Jean Claude Ntahobari, 17 ans

Publié le par CPAJ

« Je suis en 6ieme primaire. J'aime les sciences, le foot, et le basket.

 

Le CPAJ m'a aidé à changer mes comportements et surtout les idées que j'avais dans la rue. Et cela m'a permis de retourner vers ma famille. Et de réintégrer l'école primaire. »




Mon histoire

 

Nous habitions avec mes parents et 3 frères et 2 soeurs à Shorongui dans la ville de Kigali.
Mon papa travaillait à Kanombe en tant que gardien de nuit. Et la journée il faisait d'autres travaux : aide maçon, construction,...
 
Un jour mon papa a dit à la maman qu’il voulait vendre notre terrain de Shorongui et nous sommes partis pour Kimisagara.
 
J'étais en 4ieme premiere.
 
En quittant l'école le soir je retrouvais souvent mon papa qui se battait avec ma maman à cause de l'alcool qu'il avait pris.
 
Un jour alors que depuis plusieurs mois nous n’avions pas payé le loyer, nous avons été chassés de la maison.
 
C’est à la suite de cela que mon père a abandonné la famille. Il avait honte de ne pas avoir su ramener l'argent pour payer le loyer. Il nous a laissé seul avec la maman qui ne connaissait pas bien la ville de Kigali.
 
J'avais 14 ans. Après le départ de mon père, c’est toute la famille qui a du dormir dans la rue. Souvent je n’avais rien à manger et très vite j’ai fini par quitter l'école pour partir traîner dans le rue toute la journée. Généralement je dormais dans des caniveaux.
 
Dans la rue j'ai commencé à prendre le chanvre et à respirer la colle. Je faisais cela pour oublier la famille, les problèmes... Ce sont les autres jeunes qui vivaient dans la rue qui m'ont convaincu de prendre ça pour "rester dans l'ambiance" comme ils disent et ne pas penser à mes problèmes.
 
Je suis resté 3 ans dans la rue. La journée on restait dans le centre ville. Le soir on descendait à Nyabugogo pour dormir dans un grand caniveau.
 
Après 3 ans, le gouvernement, a pris les enfants qui vivaient dans la rue et les a mis dans une maison de transit à Kabuga, à Gikondo Kigali. On était au moins 300 enfants. Je suis resté 15 jours dans cette maison.
 
Puis nous avons été « distribués » aux différents centres des "enfants de la rue" de Kigali. Moi j’ai été envoyé au CPAJ avec 53 autres enfants. Cela c’était en 2006.
 
En arrivant au CPAJ on était très sales, avec des habits déchirés. On nous a donné du savon, on nous a montré les douches, et on nous a donné des habits, puis on est venus manger le repas du midi. Tout était nouveau pour nous.
 
Par la suite, les encadrants du CPAJ on discuté avec nous pour nous présenter le centre et nous soutenir psychologiquement.
 
Ici on nous a appris à jouer avec les autres sans les blesser et sans se battre tout le temps comme on le faisait avant quand on était dans la rue.
 
Et puis surtout, on nous a dit que nous allions pouvoir reprendre l'école primaire. Moi j'ai repris en 5ieme primaire. J'étais vraiment trop content de retourner à l'école.
 
Le CPAJ m'a donné le cahier, le sac et j'ai pu recommencer à aller à l'école. Le midi on revenait manger au CPAJ. Et le soir on jouait tous ensemble.
 
Souvent le soir je participe aussi à l'étude au CPAJ. Pendant l’étude on se réunit par niveau et on révise ce qu'on a appris à l'école la journée.
 
Lors de la réception du bulletin scolaire pour le 1ier trimestre j'ai appris que j’étais le 1er de la classe. Pour me féliciter le CPAJ m'a donné les chaussures.
 
Petit à petit les encadrants nous ont expliqué comment revivre dans les familles. Moi, avec tous les problèmes que j'ai laissé là-bas, je me demandais vraiment comment pouvoir retourner voir ma famille. Cela faisait 3 ans que je n'avais pas eu de lien avec eux. Grâce à la confiance que j’avais retrouvé au CPAJ, pendant les premières vacances scolaires je suis retourné pour la première fois visiter ma famille.
 
Après les vacances je suis retourné à l'école mais je n'ai pas pu passer l'examen du 2ième  trimestre car je me suis blessé à la jambe en jouant au foot. J'ai dû rester un mois et demi sans bouger. J'habitais toujours au CPAJ. Cependant quand j'ai enlevé le plâtre j'ai pu étudier pour le 3ième trimestre. Et j'ai terminé 1er de la classe une nouvelle fois. Comme j'avais bien réussi le 1er et le 3ième trimestre, on a fait la moyenne et j'ai pu passer en 6ième primaire.
 
Et c'est là où j'en suis aujourd'hui. Au premier trimestre j'ai terminé 1er à nouveau.
 
Ce qui me pousse à étudier beaucoup, c'est que je me souviens de là où j'ai laissé ma maman, dans une grande pauvreté, à la rue, sans rien. Je veux étudier beaucoup jusqu'à pouvoir soutenir toute ma famille.
 
Aujourd'hui ma mère habite à Kimisagara où elle loue une petite maison. Elle gagne de l'argent en puisant de l'eau et en la vendant. Ma grande sœur lui apporte aussi de l’argent en travaillant dans un salon de coiffure.
 
Les relations avec ma maman ça va. Mais avec mon père cela reste difficile. Il revient une fois par mois dans la famille mais c'est toujours pour se quereller avec maman ou pour la battre. C'est ça qui est difficile. Pour l'instant je ne le vois pas, mais j'aimerais le voir un jour.
 
Dans l'avenir j'espère pouvoir un jour devenir médecin. Comme ça je pourrais un jour aider mon père à résoudre les problèmes qu'il a. Discuter avec lui et lui enlever les poids qu'il porte.
 
Je rêve de pouvoir terminer mes études et réussir à éduquer mes enfants avec une bonne éducation, pour qu'ils n'aillent pas dans la rue. Car c'est une vie très difficile.
 
Aujourd’hui quand je vois un enfant qui vit dans la rue, qui prend la colle, qui est tellement sale, qui parle mal,... cela me fait mal. Je vais lui parler, lui raconter mon témoignage. Moi aussi j'ai traversé cette vie. Je lui dit de retourner dans sa famille. S'il n'a pas de famille je lui parle des centres comme le CPAJ. Quand ces jeunes voient comment je m'habille et la bonne santé que j'ai, certains veulent quitter la rue aussi.


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